Maintenir en vie ou aider à mourir, l’affaire Vincent Lambert ne cesse de nous bousculer

Un droit à mourir ou un droit à la vie ? Les français sont forts pour se « créer des droits à.. » L’euthanasie ou pratique visant à provoquer la mort d’un individu malade , occupe les esprits moraux. Trois ans de bataille, 1000 disputes familiales et 7 instances juridiques saisies ont créé des turbulences chez une famille française ordinaire, celle de Vincent Lambert. Après un accident de la route en 2008, le sieur est plongé dans un coma artificiel. Il en sort puis va être diagnostiqué « en état de conscience minimal » par le corps médical. L’individu ne présente aucun espoir d’amélioration et continue d’exister grâce aux multiples sondes qui le maintiennent en vie. Il bouge les yeux, ressent la douleur mais personne ne sait s’il comprend ce qui se passe autour de lui et la furie médiatique autour de sa personne. Décider d’aider quelqu’un à mourir, n’est-ce pas soi-même le tuer ? Chacun répondra selon sa conscience. D’un point de vue extérieur, on s’indignera contre la famille. En effet, celle-ci voyant l’état critique de Vincent doublé de sa tétraplégie, plaide en faveur de l’arrêt des traitements artificiels. 80 séances d’orthophonie n’auront pas permis de rétablir un semblant de communication avec le malade.
A quoi bon ?  se dit la famille. Tout porte à croire que jamais il ne se rétablira, et on s’imagine que la médecine est toute puissante alors qu’on ne peut pas lui demander de faire l’impossible. Ce n’est pas le Docteur Kariger, chargé de superviser les soins des paucis-relationnels (en état de conscience minimale) qui dira le contraire. Après avoir constaté que les traitements de kinésithérapie ne changeaient rien à l’état du paralysé, le médecin a décidé d’arrêter ses soins. Si une décision médicale ne suffit pas à geler l’opinion médiatique sur la question, que fait-on de l’avis du patient ? On a détecté chez Vincent Lambert une certaine opposition aux soins que les médecins tentaient de lui administrer faisant suspecter qu’il voulait qu’on le laisse tranquille. Pourtant l’acharnement médiatique et thérapeutique a continué sa course folle. Pour parler en termes juridiques, « l’obstination déraisonnable » dont le patient a fait l’objet ne cesse de renforcer l’idée qu’il faut le laisser partir. Sa femme avait donc enclenché le processus d’euthanasie mais sa mère n’était pas au courant. Cette dernière avait rendu visite à son fils et le médecin n’avait pas jugé utile de lui dire que Lambert allait mourir…
Le Dr Kariger engagea donc le processus de fin de vie de Lambert, en arrêtant son alimentation et en diminuant drastiquement son hydratation. Que pensez-vous du terme « traitement » pour qualifier ces opérations ? C’est ce que choisit le médecin. 16 jours ont passé et voilà qu’un membre de sa famille découvre qu’on ne l’alimente plus. On conviendra que le choix entre la volonté des parents et celle de sa femme est difficile. Quelle volonté peut-on mettre en première position ? Le souhait indirect émis par Lambert ne devrait-il pas primer ? Il est difficile de poser un jugement sur ce type de décision. L’euthanasie étant néanmoins interdite en France, on pourrait pencher en faveur de l’arrêt de ses soins. En droit et selon la célèbre Loi Léonetti, l’obstination déraisonnable et la prolongation artificielle de la vie sont proscrites… Mais alors pourquoi Lambert est-il toujours « vivant » ? Est-ce parce que l’euthanasie est considérée comme un crime passible de la Cour d’assises ? Le Conseil d’Etat, haute juridiction de l’ordre administratif, a pris le parti de la femme de Lambert en jugeant que le cas de Lambert était un cas typique de la Loi Léonetti et qu’il fallait dès lors arrêter les soins du paralysé. La loi plaide en faveur de l’arrêt des soins, la femme du paralysé également, lui-même en faisant opposition aux soins qu’on lui administre… Beaucoup de facteurs vous feront dire : il faut le laisser mourir. Et bien non, par un arrêt du 12 octobre 2016, le Conseil d’Etat a remis ça sur le tapis. L’hôpital en charge de démarrer la procédure d’arrêt des traitements avait été pris de cours par la Cour administrative d’appel de Nancy, laquelle l’avait enjoint de reprendre les réflexions sur cette procédure. Une affaire qui n’en finit pas…
Le neveu de Vincent Lambert est assez proche de la vérité lorsqu’il déclare : « Depuis seize mois, il y a un jeu de rôle entre l’hôpital et les parents de Vincent Lambert ». Une nouvelle fois, on attend le retour de la juridiction qui essaiera de mettre fin à cette histoire tragique mais aussi interminable….

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