Les villes de demain

Par Anne-Claire Jacob

Smart-city : la ville avec un grand V

Smart city, éco-ville, connaissez-vous ce concept? Ces villes intelligentes sont, selon Wikipédia (so, attention: véridique), des villes utilisant les technologies de l’information et de la communication ainsi que l’internet des objets pour “améliorer” la qualité des services urbains ou encore réduire ses coûts. Plutôt boring comme définition… 

Pause Replay vous propose celle ci: imaginez vous réveiller et avoir au programme de votre journée un cours d’anglais dispensé par un professeur de l’université de Denver aux États-Unis suivi par un cours de sport interactif. Des espaces verts à proximité de chez vous, un beau ciel bleu sans une trace de pollution à l’horizon… Tout est connecté, la ville s’autosuffit, pas besoin de camions poubelles: chacun des appartements est relié à un système central de récupération des ordures qui trie et recycle.

Ça parait génial non? D’autant plus que cela répondrait à bien des problématiques actuelles sur la préservation des ressources, le recyclage, la pollution, le big bang démographique… 

Ces villes futuristes sont développées par les géants de la tech et non par les entreprises du bâtiment comme nous pourrions être amenés à le croire (et oui, tout est question de data et de technologie ici). Elles commencent à pousser aux 4 coins du monde: en Amérique, en Asie, au Moyen-Orient…

Mais d’où vient cette idée exactement?

Une population mondiale qui croît, soucieuse de l’environnement, accro à la technologie: il faudra bien caser tout ce beau monde un jour ou l’autre. Et les “smart cities” pourraient répondre à cette problématique. “Densifier intelligemment”, “repenser les villes”, “imaginer sur un même espace des bureaux, des salles de concert, des logements, des parcs, des piscines, des fermes urbaines”, ce sont les maîtres-mots des défenseurs des smart city. 

« La densification des villes les rend plus durables, en réduisant notamment la consommation d’énergie nécessaire au transport des habitants. » (Carlo Ratti)

Quelques exemples de villes écolo à travers le monde

La ville google à Toronto. Cette dernière fait  polémique. 

“Un quartier où pourront être établis de nouveaux standards pour une planète plus saine, (Daniel Doctoroff) disent certains, «Nous voulons en faire un modèle de développement durable», (Jesse Shapins), disent d’autres. 

Sidewalk Labs, à l’initiative du projet, dépeint le nouveau quartier de Toronto. IL affirme : « des constructions en bois, avec des espaces publics, des immeubles dotés d’abris imperméables se déployant automatiquement lors d’intempéries ».

Avec 20% de logements sociaux, le Quayside du futur serait exemplaire au niveau énergétique, privilégiant les transports collectifs, les piétons et les vélos circulant sur des pistes cyclables chauffées en hiver. Et il y a plus encore ! Pour libérer les rues des camions, des robots souterrains assureront la distribution des colis et la gestion des déchets. Tout cela paraît fantastique. 

Bien entendu, il y a une ombre au tableau.

Afin d’y parvenir, il faut utiliser des capteurs. A quoi servent-ils ? Ces derniers mesureront différentes données telles que le flux de piétons ou voitures, la qualité de l’air, la consommation d’énergie ou encore le remplissage des poubelles…

Ces techniques sont contestées car elles portent atteinte à la vie privée. Certains parlent même de “capitalisme de surveillance”… Vous vous imaginez vivre dans la série Big Brother? Moi pas trop…

D’autre part, les méthodes employées par le géant américain sont parfois qualifiées d’arrogantes. Des mouvements comme #BlockSidewalk font « bloc » (on aime le jeu de mots) contre ce projet. 

Alors que penser d’une telle révolution urbaine? 

Masdar City à Abou Dhabi: a vocation expérimentale. De même, Masdar City a l’ambition de devenir la première cité avec une vie « sans émissions de carbone et sans déchets ». Ayant valeur de symbole et positionnement stratégique, le gouvernement d’Abou Dhabi souhaite incarner la transition écologique. Commencée en février 2008, la ville devrait pouvoir accueillir 40 000 habitants en 2030.

Quelques principes fondateurs régissent la ville: 

  • Un pôle d’excellence technologique, cherchant à attirer étudiants, experts, hommes d’affaires, spécialistes de l’environnement et entreprises innovantes de tous les pays à venir s’y installer. Vous étudiez la musique? Désolée, vos talents ne seront pas reconnus ici…  
  • Une cité alimentéepar les énergies renouvelables avec une centrale solaire, des panneaux photovoltaïques, une ferme éolienne, la réutilisation des eaux usées notamment.
  • Des transports clean et optimisés, bien que la marche à pied et le vélo soient favorisés. Un nouveau système de transports, rendu possible grâce à une nouvelle technologie à “haute efficience énergétique” et “sans émissions de gaz à effet de serre” est développé. 
  • Une architecture adaptée à l’environnement, croisant technologies nouvelles et architecture traditionnelle arabe (ruelles ombragées, « couloirs » ventés pour favoriser l’apparition d’un « microclimat » et refroidir la ville de façon naturelle, fenêtres reproduisant le principe des moucharabiehs… et j’en passe et des meilleurs.)

Comme de nombreux projets livrés en retard, l’achèvement de Masdar City, initialement prévu pour 2016 est désormais évalué pour 2030. D’ailleurs, pour l’instant, la cité est considérée comme ville “fantôme” par certains observateurs… Ajoutez un décor Halloween et bouhh ! Nous avons la soirée de l’année !

Pour finir avec cette ville, parlons money. Son coût serait 10 à 15% inférieur aux prévisions, soit environ 19 milliards de dollars au lieu de 22 milliards. Whaou quelle économie !! 

Songdo, ville hyperconnectée près de Séoul: bardée de capteurs et de caméras de surveillance. « Une personne âgée tombe dans la rue et les secours sont immédiatement informés », selon Thierry Happe. La ville se veut pleinement ancrée dans le numérique afin de “servir au mieux les citoyens”. Par exemple, les plaques d’immatriculation des véhicules sont scannées à la sortie des immeubles afin d’anticiper le trafic routier et ainsi éviter la formation d’embouteillages. 

Cependant, certains comme Kim Hwanyong pour ne pas le citer relativisent déjà l’aspect écolo de Songdo. Pour lui, catégoriser la ville comme verte est discutable car il aurait fallu assécher des marais entiers pour permettre la construction de la ville… En effet, pas très écolo tout ça. 

Des smarts city en développement

Bien d’autres projets sont en cours de développement, notamment au coeur même de grandes villes:

  • Des tours vertes au centre de Paris
  • Dragonfly, une ferme verticale urbaine en plein New-York
  • Tour & Taxis, un éco-quartier futuriste à Bruxelles
  • Lilypad, une éco-ville flottante pour réfugiés climatiques
  • Hyperions, les tours maraîchères d’Inde
  • Agora Garden, une tour hélicoïdale dépolluante à Taipei
  • … to be continued 
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Bilan mitigé des smart city

Non, nous ne sommes pas dans la série Black Mirror, c’est bien la réalité; il s’agit bel et bien de l’avenir de notre planète qui est en jeu. Certains pays et notamment l’Inde qui, soit dit en passant, aurait effectivement bien besoin de ce genre de ville intelligente au vu de la population qui ne cesse de croître, ont comme objectif de construire des dizaines, voir une centaine de “smart cities” dans les prochaines années. 

Cependant comme nous avons vu avec Google city, ces projets font polémique: accepterions-nous de nous faire épier h24 avec des capteurs partout? Cécile Maisonneuve parle carrément d’une forme de rupture du contrat social urbain.

Une mise en pratique difficile

Malgré l’attractivité de ce projet, des questions demeurent : 

  • Qui gérerait cette donnée connectée. La ville? Les entreprises? Les citoyens?
  • Au lieu d’envisager les résultats (écologie, environnement, fonctionnement, rationalité économique, ne faudrait-ils pas se concentrer sur la population concernée au premier chef ?  

Ces “smart cities”, “éco-ville” sont des concepts qui ne sont pas encore dans la réflection des politiques (sauf en Chine, mais ils ont toujours une longueur d’avance de toute façon…), mais cela ne saurait tarder vu l’ampleur que prennent ces projets et les questions qui deviennent de plus en plus urgentes concernant le développement durable. 

PI: n’hésitez pas à parcourir les liens référencés ci-dessous pour de plus amples informations sur le sujet 🙂

Références

Monnier, O. (2019). La «Google City» se cherche à Toronto. [online] Libération.fr. Available at: https://www.liberation.fr/planete/2019/10/31/la-google-city-se-cherche-a-toronto_1760570 [Accessed 2 Nov. 2019]

Connaissance des Énergies. (2018). Masdar City. [online] Available at: https://www.connaissancedesenergies.org/fiche-pedagogique/masdar-city [Accessed 2 Nov. 2019].

Mathieu, B. (2018). À la découverte des villes du futur. [online] Lexpansion.com. Available at: https://lexpansion.lexpress.fr/actualite-economique/a-la-decouverte-des-villes-du-futur_2027838.html [Accessed 1 Nov. 2019].

Capital. (n.d.). Villes du futur : spectaculaires, écolos, innovantes… 8 projets pour 2050. [online] Available at: https://photo.capital.fr/villes-du-futur-spectaculaires-ecolos-innovants-8-projets-pour-2050-24181#coral-reef-le-village-auto-suffisant-pour-les-sinistres-d-haiti-421451 [Accessed 3 Nov. 2019].

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