pausereplayinfo@gmail.com

Canal + : dé-cryptage d’une chaine de moins en moins cryptée

Vous le pensez, nous l'écrivons

Chacun possède une histoire avec la chaîne cryptée. Certains l’ont toujours vue en noir et blanc, d’autres ont beaucoup ri devant les guignols de l’info ou le trio Gildas, Garcia, De Caunes (Nulle part ailleurs), d’autres encore ont sué en écoutant les commentaires endiablés de Grégoire Margotton ou Stéphane Guy, d’autres enfin ont pris plaisir à braver l’interdit des soirées de la quatre. Bien, on s’arrête là avant que ça ne dérape… On n’est pas le journal du hard.

Pourtant, ce formidable pourvoyeur d’émotions et vendeur de « temps de cerveau disponible » selon l’expression de Patrick Le Lay (ex-directeur général de TF1) voit son avenir s’assombrir. La perte des droits de diffusion du championnat de France de football combinée aux médiocres scores d’Yves Calvi dans l’Info du vrai  (le talk de 20h) et à l’émergence de plateformes de streaming comme Netflix, compromet l’avantage concurrentiel de la marque.

Va y avoir du sport

Malgré l’acquisition des droits de diffusion de la Premier League (championnat anglais de football), Canal + subit de plein fouet la concurrence de RMC Sports, diffuseur de la coupe d’Europe de football mais aussi de la Jeep Élite (championnat de France de basket), et du qatari, Bein Sport, diffuseur de la NBA (basket américain), de la ligue 1 (championnat de France de football), Liga (championnat espagnol de football), Bundesliga (championnat allemand de football), Série A (championnat italien de football) ou encore du handball.

Canal + voit donc son offre dépourvue de son fer de lance : le sport. Les dirigeants de la marque jouent sur la variable économique : ce tournant s’expliquerait par la non-viabilité du modèle de leurs concurrents. En effet, le groupe aux 15 millions d’abonnés à travers le monde n’a pas accepté la flambée des prix des droits TV pour la période 2020-2024. Maxime Saada, président du directoire de la chaîne s’en expliquait d’ailleurs au micro d’Europe 1 en ces termes : « Je crois que c’est impossible pour un quelconque acteur de miser de telles sommes et de les rentabiliser ». Nul ne peut leur donner tort, en témoigne les précédents Orange (Orange Sport) et TPS (TPS foot) dans le football.

Canal + se retrouve donc amputé de son sport favori, de sa Ligue 1 chérie. Car au-delà d’être un canal de diffusion, la chaîne fut aussi un canal d’émotions, notamment pour les supporters parisiens dans les années 1990. Longtemps investi dans le football, la chaîne s’était finalement retirée en 2006 laissant le club traverser une période de crise sous l’égide du fond d’investissement américain Colony Capital, avant l’arrivée des qataris.

Reste le Top 14 (championnat de France de rugby) dont les retombées sont moindres et l’engouement moribond suite aux défaites du XV de France. Que faire de plus ?

La filmographie Canal : bien plus que des films pour adultes

La chaîne cryptée a longtemps fait la différence sur sa capacité à diffuser des films rapidement après leurs sorties en salle. La créativité des séries (le Bureau des légendes ou le Baron Noir récemment) lui ont aussi offert une hégémonie dans le milieu du cinéma.

Pourtant, les cartes sont aujourd’hui rebattues avec l’émergence des plateformes comme Netflix ou Amazon qui offrent une diversité de séries et de films dans l’air du temps et à des tarifs attractifs.

Toutefois, la firme rachetée par Bolloré, conserve son statut dans le 7e art. Il ne s’agit pas seulement de diffuser les Oscars et les Césars en clair mais plutôt de financer le cinéma français. Est-ce la bouée de Canal ? Sans doute car l’industrie française de la caméra ne pourrait pas s’en passer.

Rappelons d’ailleurs que François Hollande avait décroché son téléphone en 2014, lors d’un appel d’offre pour l’acquisition de la Ligue 1, afin de convaincre l’émir du Qatar de ne pas trop faire monter les enchères. Pourquoi ? Canal + demeure pour beaucoup un outil politique au service du cinéma français, mais porté par le sport et le football. A l’heure actuelle, la France ne peut pas se permettre de perdre l’un des principaux financeurs du 7eart. Est-ce pour cela que les films Netflix sont interdits au festival de Cannes ? Peut-être…

L’avenir : plutôt moins que plus

Ces différents éléments exposés et ces pertes annoncées, Canal + doit revoir son modèle d’abonnement. Demain, qui regardera la chaîne numéro 4 ? Les fans de sport ? Les cinéphiles ? C’est sans doute terminé.

Canal doit donc se réinventer, porté par l’agitateur du PAF, l’esthète des canulars, le roi des nouilles dans le slip : Cyril Hanouna (C8 fait partie du groupe Canal). La chaîne a longtemps surfé sur son caractère transgressif mais aujourd’hui il en est autrement. Cette érosion, caractérisée par une perte massive d’abonnés (plus d’un million depuis l’arrivée de Vincent Bolloré en 2015), semble immuable. Malgré les accords passés avec des opérateurs ou des chaines de sport comme Bein et les nombreuses offres promotionnelles, le groupe n’y arrive pas.

L’espoir est sans doute à l’international et notamment sur le continent africain où Canal +, présent depuis plus de 20 ans, a modifié son modèle afin d’entrer dans les salons des classes moyennes francophones. D’abord réservé aux expatriés et aux riches familles locales, le groupe proposait un contenu similaire en France et en Afrique, avant d’effectuer un pivot stratégique vers une plus grande personnalisation. Désormais, Canal + tente de produire du contenu spécialement pour les africains.

Cette stratégie pourrait bien s’avérer payante face à la pauvreté de la télévision locale. Toutefois, les vieilles ficelles demeurent : le sport à travers un partenariat passé avec la fédération de football ivoirienne ou encore des investissements massifs dans l’industrie du cinéma nigériane avec le groupe Iroko. Enfin, Vivendi souhaite ouvrir des salles de cinéma en Afrique francophone et diffuser des productions internationales afin de rentabiliser le soutien aux acteurs locaux du 7eart. Un pari qui s’avère, pour l’instant, payant. Sa chaine de divertissement A+, proposée à 5000 francs CFA, soit environ 7,50 euros, fonctionne bien. Mais jusqu’à quand ?

Tags: , , , , ,