La transparence, nouveau totalitarisme ?

Alexandre Soljenitsyne énonçait dans l’Archipel du Goulag : « on asservit plus facilement les peuples avec la pornographie qu’avec des miradors ». Dans le domaine politique, l’assujettissement s’effectue par le biais, vicieux, de la transparence. Il suffit d’observer pour s’en convaincre, le débat sur le rôle de la première dame ainsi que l’amoncellement des doutes pesant sur les services de l’état. Le nombre de collaborateurs, le budget alloué mais aussi la nature des interventions devrait faire l’objet d’une annonce officielle. Le porte-parole du gouvernement, Christophe Castaner, n’a d’ailleurs pas manqué de rappeler dans un tweet la nécessaire diaphanéité macronienne. Les communicants nous vendent du « tout beau, tout propre, tout neuf » en usant des vieilles méthodes tricardes. Ils brandissent le karcher et assènent, non sans une certaine habileté, des « transparences ». Mais convient-il vraiment de se formaliser par rapport à cette mesure ?

Il existe certes une pétition contre le statut de première dame pour Brigitte Macron regroupant 270 000 signataires ainsi que des complaintes d’élus disséminées dans le flot d’information. Le secrétaire général du FN, Nicolas Bay, s’est d’ailleurs fait le porte-parole de ces « indignés » en assimilant, avec une pointe d’hypocrisie, emplois parlementaires en famille et budget de la première dame. Il conviendrait pourtant de stopper cette schizophrénie ambiante. On ne peut pas souhaiter à la fois une plus grande clarté concernant l’usage de l’argent public et s’offusquer de cette mesure…

La polémique sur le statut de Brigitte Macron traduit donc le manque de confiance des français dans leurs élus. Confiance, confiance : un terme encore présent sur toutes les bouches. Après les récents soupçons à l’encontre du « futur sage », Michel Mercier, la loi Macron s’est rendue crûment indispensable. Les rapports sur les emplois familiaux se multiplient. L’on n’hésite en aucun cas à dénoncer un futur éminent. Mais toute cette effervescence ne serait-elle pas néfaste ? Que restera-t-il de ce raz de marée ?

On ne peut pas assainir un univers corrompu de toute part avec des réformes et des effets d’annonce. Comme l’affirmait Balzac dans les Illusions perdus : « Ne croyez pas le monde politique beaucoup plus beau que le monde littéraire : tout dans ces deux mondes est corruption, chaque homme y est ou corrupteur ou corrompu ». Le choix d’intégrer des personnalités du secteur privé constitue d’ailleurs un risque pour le président Macron. Il semble ardu d’attendre d’anciens cadres dirigeants, tels Muriel Pénicaud, une « morale » irréprochable. La plus-value réalisée, grâce à ses stock-options, remplie désormais les unes des canards ; pourtant, cette opération reste légale. Elle fait toutefois l’objet d’une récupération politique qui consiste à opposer le méchant bourgeois capitaliste avide d’argent au pâle et blême prolétaire. Face à ce simulacre de politique, le débat parait voué à une stérilité durable empreinte d’un vieux marxisme latent.

Cessons donc de nous indigner sur cette pseudo transparence qui risque de ne jamais véritablement voir le jour et attendons les résultats du pouvoir en place. Laissons Brigitte Macron jouir d’un statut rigide et délimité, d’autant que cette réforme constitue une simple validation juridique des pratiques déjà existantes. Le budget officieux attribué à la première dame fut évalué par la Cour des Comptes à 450 000 euros par an en 2014. Il sera dorénavant officiel. Certains pesteront en citant l’exemple du discret mari d’Angela Merkel, Joachim Sauer. Les mœurs françaises et allemandes sont bien différentes…

Tel François Fillon qui avait fait de la vertu un argument de campagne, Emmanuel Macron se trouve désormais pris au piège de la transparence. Cette dernière, à l’image d’un Big Brother, décide donc de qui va être évincé ou non. Les pages blanches éclatantes de la « story » macron seraient-elle déjà en train de jaunir ?

2 commentaires sur “La transparence, nouveau totalitarisme ?

  1. C’est ça… Allez-vous dire ça aussi de Mikhaïl Gorbatchev quand il a tenté d’appliquer la Glasnost et la Perestroïka?
    Cette transparence est salutaire et génère aussi forcément beaucoup de résistances de la part de ceux qui ont quelque-chose à cacher ou à se reprocher.
    Ces résistances ont tué dans l’oeuf ce qui aurait pu être la renaissance de la Russie.
    Espérons que les français ne soient pas dupes des satrapes qui tentent de démoniser cette politique.
    Emmanuel Macron ne fait que de s’inspirer des moeurs politiques scandinaves en les adaptant à la France.

    1. Je tiens tout d’abord à vous rappeler une distinction étymologique entre « transparence » (ce dont nous parlons) et Glasnost. En russe, le mot Glasnost vient de Glas/Golo-s qui signifie « la voix ». Comme l’explique Francis Conte, Glasnost équivaut à « ce qui est proclamé » ou « ce qui est rendu public ». Ainsi, on peut considérer que les autorités russes ont décidé de laisser dire à haute voix ce que tout le monde savait, mais n’osait pas le dire par peur des sanctions.  » La Glasnost est ainsi une latitude que les autorités octroient au public : c’est le fait du prince » (Francis Conte). Comparer Glasnost et transparence constitue donc un contresens…

      Par ailleurs, la Glasnost de Gorbatchev fut un processus long qui n’a pas totalement abouti. Macron devrait peut-être en prendre note car il ne va pas assainir le monde politique français en 5 ans…

      Enfin, je trouve que cette problématique de la transparence pollue le débat car elle fait l’objet de récupération. Regardez les polémiques autour de Richard Ferrand ou Muriel Pénicaud, elles gênent déjà les réformes qu’ils vont entreprendre…

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