Le carnet de note du professeur Fillon

« L’école est par définition le lieu où les nouvelles générations sont introduites dans les traditions culturelles de l’humanité qui portent la pensée » nous dit Laurent Lafforgue. Une mission essentielle de l’éducation se résumerait alors en un seul mot : la transmission. Transmettre des idées, des valeurs ? C’est en tout cas ce que François Fillon souhaite quand il s’exprime en ces termes : L’école doit redevenir la première marche de l’unité républicaine.

Depuis les avancées du programme socaliste, le candidat à la présidentielle ne cesse de penser à un moyen de remettre les choses en état. Suppression de la note de vie de classe, réforme des collèges qui laisse les langues de coté et les programmes d’excellence en reste, telles étaient les volontés de ce bord politique. Mais professeur Fillon embauché à la grande école politique, vient enseigner ses connaissances.

Bien avant d’affirmer sa position, Fillon s’est intérrogé sur l’avenir des enfants. Comprendre l’absence de notation, c’est d’abord se demander comment un enfant de 8 ans, sans notes et sans repères peut trouver la motivation d’aller à l’école. Bon, soyons honnêtes, au cours de la scolarité et encore plus au début de nos années primaires, nous ne travaillons pas pour la matière mais pour la note, afin de voir de jolies appréciations à la fin du trimestre. Pourtant, le PS a expérimenté une nouvelle méthode éducative. Valorisation des compétences,bienveillance sans laisser de coté les connaissances, l’école sans notes affiche une grande ambition. Peut-on vraiment vivre sans notes ? Non, répond Fillon. C’est pourquoi le candidat veut rétablir le système classique de notation. On voit dans cette entreprise, une volonté de réaffirmer l’excellence et le mérite. A force d’égaliser les compétences et les qualifications, on en oublie l’essentiel : l’école-formatrice de petits génies. Pour cela, rien n’est plus simple que de replacer la France dans la vie internationale. Un changement dans l’apprentissage des langues est indispensable nous dit Fillon. Changer un système éducatif qui ne nous permet pas après 10 ans d’anglais de soutenir une conversation sans être taraudé par la question fatale : «comment ça se dit en anglais ? ». La méthode filloniste institue des semaines intensives de pratique orale. Idée révolutionnaire ? Pas vraiment.. Elle met en lumière le problème majeurs des étudiants français, la pratique quotidienne d’une langue étrangère. Mais que faire de l’écrit ? Le candidat n’en fait aucune mention. Notre grammaire et vocabulaire anglais resteront comme ils l’ont toujours été, pauvres et peu maitrisés.

Travailler plus pour gagner plus. On se rappelle une certaine formule Sarkozyste au sujet des adultes, mais est-ce valable pour les étudiants ? Fillon semble le penser puisqu’il propose une scolarité à 5 ans afin que les enfants aient une année de lecture en plus. Pourtant les élèves passent 80% de leur temps à l’école, accumulant devoirs, stress et examens.. N’est-ce pas trop ambitieux d’instituer une nouvelle année d’études pour des enfants qui passent la majeure partie de leur temps à lire, ou à écrire ? De même que nous avons troquer la plume contre le stylo bic, les enfants semblent délaisser la lecture au profit des jeux vidéos. Quel intérêt y verra t-on ? Car comme le dit très justement Christian Baudelot, « la pratique de la lecture n’est plus parmi les jeunes l’objet d’une valorisation ou d’une légitimation aussi fortes qu’il y a trente ans. Le livre a cessé d’être la source de connaissance et de plaisir qu’il a pu être pour certains. ». Le candidat veut redonner aux enfants la place qu’il leur revient, celles de futurs adultes cultivés et raisonnables. Une idée louable certes mais qui semble prendre la voie de la facilité, on ajoute au lieu de corriger.

Sur ce, il est temps de dire à l’année prochaine, en espérant que professeur Fillon notera selon son enseignement…

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