La Bataille de Mogadiscio : chaos somalien

Par Pierre-Antoine Flick

Rendu célèbre par l’ouvrage de Mark Bowden, en 1990, intitulé Black Hawk Down : A Story of Modern War puis adapté au cinéma par Ridley Scott en 2001, la bataille de Mogadiscio fut l’une des plus traumatisantes de l’histoire récente.

Cette opération intervient alors que la Somalie est plongée dans une guerre civile depuis l’exil et la destitution du dictateur Mohamed Siad Barre en janvier 1991. Remplacé par Ali Mahdi Muhammad, membre du clan des Hawiyés, le pays sombre dans l’anarchie et la famine.

En effet, le 27 janvier 1991, le palais présidentiel de Mogadiscio tombe entre les mains de l’United Somali Congress (USC). L’USC nomme alors Ali Mahdi Muhammad provoquant la défiance des autres mouvements radicaux islamistes ayant participé à la destitution du précédent président. Ces derniers s’opposent à la volonté de l’USC d’adopter un modèle occidental, et souhaitent le respect de l’islam et des traditions.

Cependant, l’USC, constitué par les Hawiyés, est elle-même divisée entre les Agbals qui souhaitaient trouver un accord avec Siad Barré et les Haber Gedir, dirigé par le général Mohamed Farah Aidid, farouchement opposé à toute entente. Cette hostilité entre les deux camps s’explique notamment par leur mode de vie. D’un côté, les Haber Gedir, ruraux ; de l’autre, les Agbals, citadins et propriétaires d’une grande partie de Mogadiscio.

Ces derniers ont donc tenté de protéger leurs biens en cherchant le soutien de Siad Barré. Cette situation fut alors vécue comme une trahison par les Haber Gedir, débouchant sur un chaos entre chefs de guerre.

Face à la famine et la destruction des infrastructures, les Nations unies lancent l’opération Restore Hope, sous l’égide des États-Unis, le 3 décembre 1992. L’arrivée au pouvoir de Clinton se traduit ensuite par un retrait américain au profit de l’ONU, à travers la création de ONUSOM II. Toutefois, près de 4000 soldats américains restent sur place et la prise de décision est conservée par Washington.

C’est dans un contexte tendu entre l’ONU et Mohamed Farah Aidid, émaillé par diverses embuscades dont l’une a causé la mort de 24 Casques bleus pakistanais, qu’une opération est lancée le 3 octobre 1993. L’objectif : capturer les lieutenants d’Aidid. L’opération tourne rapidement au drame entraînant la mort de 18 soldats américains et 300 somaliens, mais aussi la perte de deux hélicoptères Black Hawk.

Au delà des pertes, ce sont les images des corps de soldats américains traînés dans les rues de Mogadiscio qui choqueront l’opinion publique. L’une des plus marquantes demeure celle du sergent Cleveland, prise par Paul Watson et intitulé « Black Hawk Down ». Elle a d’ailleurs eu une grande part de responsabilité dans le départ des forces américaines de Somalie.

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