Mais qui es-tu Mister Goosen ?

Qui pourrait croire que les rugbymen sont avares, égocentriques, mesquins et menteurs ? Ce sont d’ordinaire des qualités que l’on prête aux footballeurs. Pourtant, le trois-quarts Johan Goosen semble être tombé dans ce tourbillon où seul l’argent compte. Il tente en effet de rompre un contrat déjà juteux avec son club du Racing Metro 92 afin de signer au MHR (Montpellier Hérault rugby) de Mohed Altrad. Tous les moyens sont bons pour parvenir à ses fins : procès, avocats, mensonges et perfidies rythment l’actualité du meilleur joueur du championnat… Retour sur les coulisses de cet incroyable imbroglio.

Une signature incognito

Avant son arrivée au Racing, Goosen démontre ses qualités en Super 15 ce qui lui permet d’être repéré par le sélectionneur. Handicapé par des blessures à répétition, il peine à s’imposer comme un titulaire indiscutable en équipe nationale et cherche donc un nouveau challenge. Le club francilien décide alors de miser sur lui. Nous sommes en 2014 et Johan Gossen arrive dans l’anonymat au sein d’un groupe où figurent déjà des grands noms comme Sexton à l’ouverture. Après quelques matchs encourageants et notamment un drop lors de la première journée à Montpellier, il disparaît progressivement et ne participera pas au quart de finale face au Stade Français.

Pourtant, le caractère du jeune-homme frappe déjà les entraineurs et les joueurs. Très introverti et en retrait, Goosen ne parvient pas à nouer des amitiés et pire il s’isole complètement lors sa traversée du désert. Seul son père, gérant d’une ferme en Afrique du Sud, lui vient en aide et l’encourage à persévérer alors qu’il émet le souhait de rentrer au pays.

Les saisons se suivent et ne se ressemblent pas…

Repris en main par le staff, Goosen réalise une excellente deuxième saison qui sera auréolée de succès. Vainqueur du Brennus et finaliste de la Champions Cup, il démontre toute sa classe et obtient même lors de la Nuit du rugby la distinction de meilleur joueur de l’année. Fort de sa nouvelle notoriété, il demande alors une revalorisation de salaire. C’est alors le début des problèmes…

L’appât du gain

Goosen obtient du président du Racing une nette hausse de salaire. Il se classe parmi les trois joueurs les mieux rémunérés du club avec un beau pactole de 500 000 euros par an… Une proposition de contrat de Mohed Altrad plus tard, il entame son entreprise de démolition pensant pouvoir empocher le jackpot (un million d’euro par an). Mais rien ne se passe pas comme prévu car Jacky Lorenzetti (président du Racing) a du flair et, en fin psychologue, avait déjà perçu le coté instable du garçon. Il a donc naturellement ajouté une « clause libératoire » d’un million d’euro dont Mohed Altrad ne peut s’acquitter. S’engage alors une incroyable tentative de manipulation à coup d’avocats et de mensonges. Goosen pense pouvoir utiliser nos lois et laisse planer le doute sur un arrêt de sa carrière. Il envoie ensuite une copie d’un CDI d’attaché commercial dans une entreprise agricole du Cap tenue par une connaissance afin de pouvoir rompre son CDD d’usage sportif. Comment va-t-il s’y prendre ? Le droit français permet de casser immédiatement un CDD en cas de proposition de CDI. Bien que l’on soit en présence d’un CDD à usage sportif, les avocats de Goosen devraient plaider dans le sens d’un respect des principes du CDD classique. Il reviendrait donc à la jurisprudence de déterminer l’issue de cette affaire. La décision des juges du fonds conduira, si Goosen l’emporte, à une remise en question des engagements contractuels. Les clubs pourraient alors opter pour un basculement vers le CDI.

Et les valeurs du rugby dans tout ça ?

Ce qui choque le plus dans cette histoire reste le comportement du joueur. On a tendance à louer les qualités humaines et les valeurs de courage, de combativité ou de savoir-vivre que peut véhiculer le rugby mais ne serait-ce pas à tort ? La professionnalisation de la discipline et l’arrivée d’internationaux étrangers a provoqué une inflation des salaires malgré les différents systèmes de régulation mis en place. De même, la prééminence de clubs aux budgets quasi-illimités comme Toulon, le MHR ou le Racing ainsi que les politiques de recrutement axées sur les stars renforcent cette spirale inflationniste. La mise en avant du rugby amateur comme l’a promis le nouveau président Bernard Laporte, pourrait permettre de revenir aux fondements du rugby : un ballon ovale, un terrain et des amis…

En ce qui concerne Goosen, son image semble définitivement ternie, d’autant plus que les français ont un rapport compliqué à l’argent. On ne s’inquiète pourtant pas pour lui : Gloucester est déjà sur les rangs pour l’accueillir.

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